l'OISEAU BA

 

Oiseau ba

 

 

 

 

 

Statuette d’oiseau Ba à visage humain

Bois polychrome

Hauteur : 11,4 cm et 16 cm

Datation : Basse Epoque – Epoque Ptolémaïque

Un oiseau Ba dans la collection d’antiquités égyptiennes du Musée de Montgeron. Cette petite statuette a été acquise lors d’une vente « Pierre Bergé » à Richelieu-Drouot Paris, le 1er décembre 2011 sur les fonds du legs Josèphe Jacquiot. Elle provient vraisemblablement d’une tombe égyptienne.

 

Cet oiseau falconiforme est posé sur un petit socle rectangulaire. Comme la plupart des statues et statuettes égyptiennes il se présente en position frontale. La tête humaine est coiffée d’une perruque tripartite dégageant l’oreille surmontée du disque solaire. Les ailes sont repliées en position de repos, les pattes ont aujourd’hui disparu. Des restes de pigments témoignent qu’à l’origine il était peint.

On peut aisément le comparer à une œuvre similaire présentée au Musée du Caire, un oiseau-âme, encore appelé oiseau-ba, trouvé dans le tombeau de Youya, daté du Nouvel Empire. On observe cependant entre ces deux artéfacts quelques différences. D’une part celui de Youya est assis près d’une table d’offrandes, ce qui n’est pas le cas pour celui-ci. D’autre part, notre statuette est surmontée du disque solaire et ceci n’apparaît qu’à la Basse époque.

Ces statuettes d’oiseaux-ba étaient déposées dans les tombes lors de l’inhumation.

En témoigne ce décor de paroi de la tombe d’Horemheb où l’oiseau-ba est présent dans le cortège funéraire.

   Cortege funeraire

   Bien que les représentations hybrides, mi-humaines mi-animales soient courantes dans l’iconographie égyptienne, ce curieux oiseau à tête humaine peut nous interpeller. Il apparaît dans l’écriture hiéroglyphique dès le Moyen Empire, puis, à partir du Nouvel Empire nous le retrouvons dans les vignettes  des papyri Livre des Morts, sur les parois de tombes, le mobilier funéraire ainsi que dans la statuaire. C’est l’image choisie pour évoquer le « ba », un mot que l’on peut traduire par « âme » ; l’âme du trépassé. Le regard que nous posons sur cette entité nous plonge directement au cœur des conceptions funéraires, si particulières des anciens Egyptiens.

   Ainsi, les textes évoquent pour le défunt plusieurs devenirs post-mortem...

   Un Devenir Osirien qui lui permettra de vivre dans l’au-delà une seconde vie, à l’image de sa vie terrestre, de cultiver les champs d’Osiris encore appelés "champs de Ialou", "champs des Souchets" ou "Campagne des Félicités". Ils évoquent aussi un Devenir stellaire – le défunt suivra Orion dans sa course - et un Devenir solaire. Ce dernier est très important pour l’Egyptien.  Le défunt doit renaître chaque matin en même temps que le soleil, monter dans la barque divine et le suivre dans son périple.

   Comment concilier ces devenirs qui nous paraissent si antinomiques ? Sous quelle forme ? La pensée égyptienne semble avoir tout prévu avec la création de l’entité-ba, car celle-ci, intermédiaire privilégiée, devient la réponse même à cette question.

Par ailleurs, pour l’Egyptien antique, l’homme est composé de cinq éléments qui seront dissociés par la mort : le corps, l’ombre, l’esprit Akh, le ka et le ba.

Le corps sera déposé dans la tombe. L’ombre participe de l’intégrité du défunt mais acquiert une certaine indépendance. L’esprit Akh est un pouvoir surnaturel que possède le défunt. Le ka, force vitale de l’individu, puise son énergie dans la nourriture. Le défunt survivra par son ka grâce aux offrandes alimentaires. Enfin le ba est un élément indispensable à la survie du défunt.

   Nous entrons avec le ba  dans un domaine quasi-magique où tout est possible. Il émane du corps du défunt. Il jouit d’une totale liberté, peut sans entrave quitter la tombe, sortir le jour. Il est doué d’une force physique vitale et intellectuelle qui lui permet de mener la vie active qui était celle de son défunt. Celui-ci vivra à travers son ba qui devient son alter ego indispensable. C’est la réunion du ba et du corps qui assurera sa survie. De plus le ba est doué de pouvoirs surnaturels, sa destinée est divine, il montera dans la barque de Rê. C’est en cela qu’il devient l’intermédiaire entre les différents devenirs post-mortem. En parcourant les textes du Livre des Morts nous percevons l’importance que revêt cette entité ba et retrouvons au fil des chapitres les nombreux souhaits exprimés par le défunt pour elle. Les différents supports qui l’évoquent, témoignent  combien  à travers sa destinée divine elle participe avec le défunt à une seconde vie dans une interdépendance à la fois indispensable et émouvante.

Posons désormais un autre regard sur ce petit objet, cet oiseau à tête humaine figuré assis dans une vitrine de notre Musée. Nous ne soupçonnions pas combien sa présence dans une tombe, matérialisait l’importance de cet élément indispensable à la survie.

Michèle Juret

M. Juret "L'oiseau-ba, seconde vie dans l'Egypte antique" ed. BoD, 2022

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Date de dernière mise à jour : 23/07/2022